Chromatique - Hubert Kilian
     
Chromatique
En s’égarant dans les rues aveugles d’un Taipei qui s’efface, errance sans objectif et pellicule périmée, à la recherche d’une réalité qui s’échappe, on passe devant des boîtes de couleurs dans lesquelles des vies flottent et s’évaporent, suspendues à des nulle-parts. Des illusions déambulent dans l’incertitude puis l’éclat du soir les rattrape. La nuit, les néons oblitèrent le vide et les gens s’agglutinent aux ampoules.

Ville qui s’efface dans la lumière blanche et humide, Taipei alterne les maisons de papiers, le béton grossier, les textures usées et les carreaux de salle-de-bains. Au goût déroutant et à l’allure incertaine, sa réalité ne se donne pas au premier venu, ni à celui qui l’arpente dans le mauvais sens. Il faut laisser la fiction défaire la rationalité et s’ouvrir aux alternatives de l’existence pour voir remonter à la surface du regard des couleurs qui parlent.

Inexistante dans sa globalité, elle s’écrit dans une succession d’anomalies vaporeuses éparpillées selon une logique qu’on ne distingue pas. L’idée urbaine d’une splendeur passée perce quelque fois à travers l’épaisseur des époques sans nom et sans terme. Taipei n’a plus d’âge, un passé tronqué et des lendemains qui tournent en boucle.

Série réalisée entre 2010 et 2012 en Fuji NPH 400/135 périmée depuis décembre 2005. Certains des endroits montrés n'existent plus en tant que tel ou ont été détruits.

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